Consigny - C'était le magasin colette

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Ça sentait la figue. C'était sans doute le premier endroit à avoir popularisé l'odeur de ce fruit méditerranéen comme parfum rassurant, estival, sucré et léger, dont des tas de gens ont nappé leurs appartements avec la bougie « Figuier », un best-seller de Diptyque. Cet effluve est resté le même pendant des années, elle était ce qui faisait que l'on se sentait un peu chez soi chez colette, le mythique concept store de la rue Saint-Honoré à Paris.

On y trouvait des montres à 100 euros et d'autres à plus de 10 000, des magazines montrant des jeunes gens dénudés qui racontaient une Amérique nonchalante, des livres d'art d'avant-garde. On pouvait y acheter des baskets introuvables ailleurs, des manteaux en fourrure, des produits de beauté biologiques, des porte-clés, d'élégants bijoux mixtes en métal ou en or blanc. Il semblait toujours se passer quelque chose de spécial. On y croisait des célébrités et des amis, de nombreux artistes, des gens raffinés. Il y avait un restaurant dit water-bar, qui proposait plusieurs dizaines d'eaux différentes, de celle qui est servie à la cour d'Angleterre à la lointaine venue du lac Baïkal en Sibérie – large choix qui n'a pas empêché les clients de commander beaucoup de bouteilles de Coca-Cola.

Un luxe joyeux, une mode tendre, un bling-bling ironique, au second degré, pour rire

Cette table réussissait à être agréable et sans façon alors qu'elle se trouvait en sous-sol et qu'à l'évidence tout y était terriblement snob. Les environs étaient chics : les Tuileries, les boutiques de luxe, l'hôtel Costes et le Palais-Royal, et puis voilà, colette va fermer. Un communiqué lapidaire est tombé sur Instagram pour mettre fin (en décembre) à une histoire de vingt ans marquée, depuis 1997, par 300 expositions, 2 080 vitrines, 8 600 marques différentes vendues, 700 millions de pages vues sur colette.fr : « Colette Roussaux arrive à l'âge où il est temps de prendre un peu son temps ; or, colette ne peut exister sans Colette. » Cela fait partie de la magie de ce lieu de s'en aller alors qu'il se porte comme un charme, de mettre la clé sous la porte alors que les clients s'y bousculent. L'expression est banale, mais décrit mieux qu'aucune autre ce qui part avec ce magasin unique : toute une époque. Un luxe joyeux, une mode tendre, un bling-bling ironique, au second degré, pour rire. Des passerelles naturelles entre Paris, New York et Los Angeles, incarnées par quelques lieux photogéniques comme le Café de Flore, le Bowery Hotel et le Château Marmont.

Colette ©  DR
L’horloge « Qlocktwo », créée pour les 20 ans du magasin, à ses mythiques blanc et bleu © DR

Colette n'était pas seulement un point de ralliement pour les branchés du monde entier, c'était un endroit où ceux qui entretenaient un lien distant avec tout ça pouvaient venir se désaltérer, s'administrer une piqûre de rappel, faire un petit crochet par la hype. Des esthétiques différentes y faisaient bon ménage : les sweats à capuche voisinaient avec les petites robes Chanel, les photos de Karl Lagerfeld (qui passe toutes les semaines) côtoyaient celles de Martin Parr. Les vendeurs n'avaient pas vraiment l'air de vendeurs, on se demandait toujours un peu, tant ils se montraient peu cérémonieux, s'ils n'avaient pas par ailleurs un rôle actif dans l'affaire, dans la sélection des vêtements vendus ou la direction artistique générale. On se sentait dans le vent quand on allait là-bas, humer ce parfum qui ressemblait à celui de la Grèce, c'était toujours un ailleurs, c'était toujours réussi, et ça nous manquera toujours !

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