Affaire russe : bras de fer entre Donald Trump et le procureur

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C'est le duel de l'été. Alors que l'enquête de Robert Mueller, le procureur indépendant, sur l'ingérence des Russes dans les élections américaines se resserre de plus en plus autour du président, Donald Trump a sorti la grosse artillerie. Il a recruté toute une brochette d'avocats. Le but ? Mettre des bâtons dans les roues de Mueller. Ils fouinent partout dans le passé de la douzaine de ses collaborateurs, tous des juristes chevronnés, cherchant des conflits d'intérêts qui pourraient les obliger à démissionner ou en tout cas discréditer l'enquête.

Ils étudient notamment la liste des clients pour lesquels ils ont travaillé dans le passé – l'une des avocates a représenté la Fondation Clinton –, leur affiliation politique et surtout les dons qu'ils ont pu faire à des candidats démocrates. Selon les avocats de Trump, cela prouverait que l'équipe de Robert Mueller est biaisée et ne peut donc pas mener à bien sa mission. Le ministère de la Justice a des règles très précises sur la notion de conflit d'intérêts, mais les dons à des partis politiques n'en feraient apparemment pas partie.

Le président n'a cessé de dénoncer « une chasse aux sorcières » depuis le début l'enquête du FBI sur l'éventuelle collusion de ses proches avec Moscou. Mais les gesticulations de Donald Trump n'intimident pas Robert Mueller qui examine toutes sortes de pistes : le piratage informatique de serveurs du Parti démocrate, la dissémination d'informations volées, les rencontres multiples de l'entourage du président avec des amis du Kremlin, l'entrave possible à la justice avec le limogeage de Jim Comey le patron du FBI, et les activités financières de son gendre Jared Kushner, de Paul Manafort ,son ex-directeur de campagne, et de Trump lui-même.

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Le nez dans les comptes

Selon l'agence Bloomberg, Robert Mueller s'intéresserait notamment à l'achat par des Russes d'appartements situés dans des bâtiments appartenant au groupe Trump, à un projet immobilier à New York entre Donald Trump et des investisseurs russes, au concours de Miss Univers organisé à Moscou en 2013 et à la vente d'une propriété en Floride à un oligarque en 2008. Mueller poursuit également une enquête lancée par le procureur de New York sur l'implication possible de Paul Manafort dans du blanchiment d'argent. Le FBI aurait demandé aussi à la Deutsche Bank des documents sur ses relations avec l'actuel président et les prêts qu'elle lui a accordés.

L'idée que l'on puisse mettre le nez dans ses finances met Donald Trump en rage. Du coup, il menace carrément Mueller. Dans une interview avec le New York Times, il l'a mis en garde, déclarant que fouiller dans ses affaires, c'était franchir « une ligne jaune » et constituait « une violation ». Il ne supporte pas le fait que Mueller puisse avoir accès à ses déclarations d'impôts. Donald Trump est le seul président depuis Jimmy Carter à avoir refusé de publier sa déclaration de revenus pendant la campagne. Est-ce parce que ses finances dissimulent des pratiques douteuses, voire frauduleuses ? Ou est-ce parce qu'il croulerait sous les dettes et serait, en fait, bien moins riche qu'il ne le prétend ?

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Les vastes prérogatives de Mueller

Quoi qu'il en soit, ses avocats se répandent partout en accusant le procureur et son équipe d'avoir outrepassé leur mandat. L'enquête sur les finances du président n'a rien à voir avec le scandale russe et les élections et touche à des faits anciens, disent-ils. Mais le ministère de la Justice a donné pour instruction à Robert Mueller d'enquêter sur « tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et les individus de l'équipe (Trump) » et « tout élément qui a découlé ou pourrait découler directement de l'enquête ». Ce qui semble donner au procureur de vastes prérogatives.

Signe qu'il prend la menace au sérieux, Donald Trump a remanié sa défense. Son avocat new-yorkais Marc Kasowitz jugé trop agressif laisse sa place à deux autres membres du barreau, dont l'un très implanté à Washington. Le président a aussi opéré des changements dans son équipe de com. Exit Sean Spicer, son porte-parole, après six mois très tumultueux. Ce dernier a démissionné pour protester contre la nomination au poste de directeur de la communication d'Anthony Scaramucci. Cet ex-patron de fonds spéculatifs n'a aucune expérience dans les médias, mais beaucoup d'assurance et est un farouche partisan du président.

Donald Trump prépare déjà ses arrières

Et ce n'est peut-être pas fini. Dans l'interview au New York Times, Trump a critiqué de manière sidérante son ministre de la Justice, portant un loyaliste de la première heure. Jeff Sessions a dû se récuser dans l'enquête sur l'ingérence de Moscou après avoir omis de mentionner qu'il avait lui aussi rencontré à deux reprises l'ambassadeur russe à Washington. Donald Trump a déclaré qu'il ne l'aurait jamais nommé s'il avait su qu'il allait se récuser. Pour certains, cette attaque publique contre Sessions signifie que ses jours sont comptés. Comme peut-être ceux de Robert Mueller. Ce qui inquiète terriblement Washington, car le procureur est un personnage respecté aussi bien chez les républicains que les démocrates et personne ne conteste son professionnalisme et son intégrité.

Selon le Washington Post, Donald Trump prépare déjà ses arrières. Il s'est enquis auprès de ses avocats de la manière dont un président pouvait gracier à la fois ses proches et… lui-même. Une grâce présidentielle peut être accordée dans toutes sortes de cas y compris à un individu avant sa condamnation. Le président Gerald Ford avait gracié Richard Nixon, qui avait démissionné après le scandale du Watergate, préventivement, pour des fautes qu'il « avait commises ou aurait pu commettre ». Quant à s'autogracier, c'est du jamais-vu, même si la Constitution ne l'interdit pas formellement. Mais tout est possible avec Donald Trump...

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